Special-Annecy:
Attention Animation Adulte
Par Rolf Bächler, 18 octobre 2012

Annecy 36: La dernière

Oui, cʼétait la dernière, cette 36e édition du Festival dʼAnnecy – la dernière de Serge, cʼest à dire. Serge Bromberg, né le 26 avril 1961 à Saint-Maur-des-Fossés, Val-de-Marne, président de société, producteur, réalisateur, directeur artistique, animateur de télévision et directeur de collection (cf. http://fr.wikipedia.org). Le diplômé de lʼÉcole supérieure de commerce de Paris qui commença à collectionner des bobines de films anciens à un très jeune âge (plus de 100’000 depuis 1970, à partir de 1985 à titre professionnel avec sa compagnie Lobster Film); qui réalisa des courts et moyen métrages puis, au cours des années, conduit par son engouement pour le cinéma classique et lʼanimation, devint producteur et animateur de documentaires, d’émissions de divertissement et de programmes de télévision (cʼest à lui quʼon doit, entre tant dʼautres, „Cartoon Factory” sur Arte dans les années 90). Aussi, il aime accompagner des projections de films anciens au piano devant un public: un homme de spectacle. Directeur artistique du Festival dʼAnnecy depuis 1999 (résumé très, très abrégé).

Or, il vient de passer le flambeau, après 14 ans (ce qui ne veut pas dire qu’il quittera la scène, toutefois). Et vous pensez s’il a laissé sa marque! Alors que Annecy a prescrit les superlatifs, il faisait son tout pour les dépasser. Sous son égide, le foisonnement de nouvelles sections de programmes faisait éclater le nombre de films projetés au-delà de lʼabondance tandis que la cohérence dʼun grand ensemble nʼétait pas un de ses soucis (au moins ça ne se faisait jamais sentir). En parallèle, il rehaussait les rencontres et échanges traditionnels (conférences avec les réalisateurs en compétition) par des regards derrière les coulisses de travaux encore en chantier ou après coup. Aussi, tant quʼhomme qui aime les feux de la rampe, il déroulait des tapis pour fidéliser ses vedettes chouchous (Pixar, Disney, Pixar, Bill Plympton, Les Simpsons, Bill Plympton, Pixar, …) alors que pendant son régime (sans quʼil y soit pour rien pourtant) la production mondiale explosait de manière exorbitante (cette année, près de 2’500 œuvres soumis à la sélection!). Cependant, même en tant que timonier dʼun paquebot enflé à la taille dʼun pétrolier géant, mine de rien Serge a toujours su garder son charme de capitaine de chaloupe de plaisance.

Pas un héritage facile pour Marcel Jean, né le 8 janvier 1963 à Chicoutimi au Québec, Canada, dont le nom est devenu familier au plus tard par son engagement à lʼOffice National du Cinéma du Canada où, en tant que directeur du programme français, il a consolidé les efforts de coproduction internationale (à son actif, „L’homme sans ombre” de Georges Schwizgebel, ou „Circuit marine” dʼIsabelle Favez). Parmi bien dʼautres activités il a aussi réalisé des films, était critique de cinéma, auteur de scénarios et de livres sur lʼanimation, et enseigne, depuis plus de vingt ans, lʼhistoire et esthétique du cinéma dʼanimation à lʼUniversité de Montréal.

À savoir en quoi consistera son apport personnel au cours du festival mondial dʼanimation le plus important qui soit. Citation du communiqué de presse: „Je souhaite imprimer dès 2013 une couleur toute particulière au Festival et je vois dans la tenue dʼune édition sans Bonlieu (centre culturel et du festival, note de la réd.) une occasion de bousculer les habitudes, de renouveler certaines formules et dʼoffrir aux festivaliers leur lot de surprises. Je vous promets un Festival qui soit festif, mais qui soit aussi le lieu dʼune véritable réflexion sur lʼanimation au cœur du XXIe siècle.”

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Le grand événement préavisé du festival était lʼavant-première, lors de la soirée dʼouverture, du long-métrage „Le Magasin des suicides”, la première incursion dans le champ de lʼanimation de Patrice Leconte, réalisateur français renommé de prise de vue réelle. Les attentes élevées étaient fortement suscitées, il y a deux ans, par une présentation enthousiasmante du projet en cours. Aussi, Leconte est connu pour son habileté dans tous les registres de lʼhumour, exigence sine qua non pour réussir à lʼadaptation du roman de Jean Teulé. En plus, fils prodigue en quelque sorte, avant de réussir au cinéma Leconte dessinait pour Pilote, hebdomadaire de bande dessinée légendaire alors dirigé par René Goscinny („Astérix” etc.). Quoique…

On était averti. On aurait du prendre garde, il y a deux ans, à être séduit par lʼambiance de lʼunivers superbement sombre proposé, une évocation à la française de la famille Adams en quelque sorte; accorder juste un brin de pensée au titre (!) et à la phrase dʼamorce publicitaire. Or, quʼest-ce que vous attendez dans lʼhistoire dʼune entreprise de famille qui prospère uniquement grâce à la morosité du monde dʼautrui? Bingo: un ver dans le fruit – un descendant qui démentit ses origines en semant compulsivement la joie de vivre!

Cʼest ce quʼils appellent „high concept movie” à Hollywood: un film qui dit tout par son titre. Désolé pour lʼunivers, les caractérisations, lʼhumour, néanmoins superbes. Je souhaite toutefois que le box office contredira mon jugement quand le film sortira en septembre (en France). Quant à Patrice Leconte et ses complices, ils sont déjà en train de concocter une prochaine aventure, „plus hirsute” comme ils disent. On espère.

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Pour être juste, la déception était à niveau très élevé – et précédée dʼun coup de timbale difficile à surpasser même avec un film accompli: Jamais à ma mémoire un festival a commencé comme Annecy 2012.

Lundi matin vers onze et demi, la Grande Salle de Bonlieu se remplit sans hâte, la majorité des quelque 7’000 festivaliers accrédités nʼarrivera que dans les heures qui suivent. A lʼaffiche le premier film de la compétition des longs, „Eun-Sil-Yee”, traduit par „The Dearest” (pas de titre français – je dirais „Chérie”).

Et voilà cʼest parti, les bandes-annonces, suivi dʼun Serge Bromberg de bonne humeur comme dʼhabitude qui nous souhaite la bienvenue, puis un moment dʼobscurité tandis que nous attendons, curieux, la première image du festival:

Un vagin, plan rapproché. Dessiné. En plein la gueule. (Rires nerveux dans les rangs.)

Avant quʼon eut le temps à se reprendre ça se mit à bouger, en poussées, de lʼintérieur, suivi de gémissements – un accouchement.

Coupe, les cartons titres. Le moment dʼexhaler.

Sʼen suit un drame à suspense au plus sombre. Il sʼavère que la femme qui accouche, Eun- Sil, en meurt. Que personne au patelin où ça se passe ne semble sʼintéresser à lʼidentité du père du bébé, pour quʼil en prenne soin – sauf une ancienne camarade de classe de la défunte, In-Hye, qui vient juste dʼarriver de la grande ville à rendre visite à ses parents. Peu à peu, par allusions et sauts erratiques de temps et de perspectives, alors que les tentatives à se débarrasser de lʼorphelin se précipitent, une histoire accablante dʼabus sexuel au plus pire se fait deviner, dont le village tout entier paraît impliqué. Parce que Eun-Sil, orpheline elle-même, était mentalement arriérée, jamais aimé par personne, donc la proie facile des hommes du village. Avec consternation croissante, In-Hye qui sʼengage pour mettre de la lumière dans lʼaffaire, se rend compte quʼelle nʼest pas exempte de culpabilité, et quand son propre père, le directeur de lʼécole, apparaît sur le radar de son investigation elle craque et prend la fuite, retour à la ville. Fin.

Surprenant, troublant, frappant à plusieurs niveaux.

Le sujet (abus de handicapée, pédophilie). Le pays dʼorigine (Corée du Sud). Les réalisatrices très jeunes (Sun-Ah Kim *1984 et Se-hee Park *1985, à leur premier long- métrage). Le style visuel (sobre, voire cru). La structure narrative (Hitchcock à lʼhorizon).

La trame principale est entrelacée avec des aperçus de destins dʼautres femmes – dʼanciennes camarades de classe dʼEun-Sil, mais aussi dʼune vieille immigrante paria, ou de villageoises préoccupées à sauver les apparences, dont la mère dʼIn-Hye – en conflit avec les rôles et expectations de conformité imposés, et lʼhypocrisie qui en résulte.

Les dessins et lʼanimation au plus simples rappellent des séries tv bas de gamme et nʼont absolument rien de plaisant – délibérément me semble-t-il, afin dʼextirper non seulement toute trace dʼérotisme dans les actes sexuels quʼon nous nʼépargne pas, mais de prévenir de façon générale tout soulagement dans une histoire ahurissante où toute exonération est catégoriquement inacceptable. Nʼempêche que tant que le film est éprouvant pour les spectateurs, tant il parvient à toucher par son humanité profonde.

À propos de lʼidée, toujours ambiante, que lʼanimation cʼest pour les enfants… mais me voilà contrevenant à ma propre règle de ne jamais mʼétendre sur des films que mes lecteurs nʼauront guère la chance de voir. En effet, „Eun-Sil-Yee” aurait fait bonne figure à Locarno, mais… Que faire donc avec lʼextra-ordinaire? À moins que… Fantoche peut-être? (voir en bas)

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Puisque nous y sommes déjà au deuxième long-métrage (alors que habituellement je vais à Annecy pour les courts avant tout, quʼon nʼa encore moins de chance de voir ailleurs), en voilà un autre:

Également en compétition, „Arrugas” („Rides”) de Ignacio Ferreras, pour lʼEspagne. Encore un sujet peu suspect dʼêtre abordé dans un dessin animé, penserait-on: Alzheimer. Adapté dʼune nouvelle graphique, ce „senior citizen buddy movie” (inouï comme ils mettent les choses au point, ces Américains!) raconte lʼhistoire touchante dʼun nouveau-arrivé au centre de soins pour âgés qui se redresse contre le diagnostic inéluctable, secouru par son compère de chambre fortuit, avec un dénouement à la façon de „Vol au-dessus d’un nid de coucou” mais plus conciliant.

Comme au cas de „Eun-Sil-Yee”, une des questions soulevées au plus souvent concernait le pourquoi de lʼanimation, puisque le potentiel dʼartifice y inhérent nʼest exploité à peine, voire pas du tout, et quʼil nʼy a rien qui empêcherait de tourner le tout avec des acteurs de chair et dʼos. Réponse: Parce que en prises de vue réelles ça nʼaurait guère la même pertinence.

Paradoxe? Non. Pourquoi? Lʼanimation nʼa pas besoin dʼefforcer du réalisme visuel afin dʼétablir le réalisme émotionnel nécessaire pour nous faire croire à une histoire. Les personnages sont à tout moment reconnaissables comme des types universels au pied de la lettre – représentant toute personne à qui ce qui se passe pourrait arriver –, pourtant sans la moindre perte de netteté ni de proximité émotionnelle: Puisquʼils sont les sujets même du destin que leur a imposé le scénario, donc ne font pas semblant comme les acteurs réels, ils fonctionnent plus directement, sans quʼune abstraction pour les distinguer de leurs rôles soit nécessaire. Pour lʼexemple, un chef-dʼœuvre devenu classique, „Le tombeau des lucioles” du Japonais Isao Takahata.

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Évidemment, cette question est encore plus pertinente à lʼégard du documentaire animé, qui se réjouit dʼune vraie hausse dʼattention ces temps, surtout le sous-genre (auto- )biographique (génération facebook?). Tel le lauréat du Crystal dʼAnnecy 2012 (Grand-Prix) pour longs-métrages, „Crulic − drumul spre dincolo” („Le voyage de M Crulic”), réalisé par Anca Damian pour la Roumanie et la Pologne, qui reprend le cas dʼun Roumain emprisonné en Pologne qui mourut suite à une grève de faim en protestant contre la juridiction injuste.

Mais aussi lʼanimation Suisse y est partante: „Couleur de peau: Miel”, de Jung Henin et Laurent Boileau, a conquis le Prix du Public (lʼhonneur probablement le plus apprécié par les réalisateurs) et en supplément, le Prix Unicef – et cʼest une coproduction entre la France, la Belgique et … Switzerland! Cʼest grâce à Zoltán (Horváth) et Nadasdy Film à Genève, associé en tant que coproducteur minoritaire, que la Suisse se voit au palmarès des longs- métrages pour la deuxième fois (après „Max & Co” en 2007, également Prix du Public). Il sʼagit de lʼadaptation dʼune nouvelle (autobio-)graphique de Jung Henin, un des réalisateurs, par laquelle il adresse le sujet des quelque 200ʼ000 enfants coréens disséminés à travers le monde depuis la fin de la guerre de Corée, et dont il partage le sort (né en 1965 à Séoul et adopté en 1971 dans une famille belge). Les questions de personnes déplacées, dʼidentité et dʼintégration, toutes dʼune actualité urgente, sont transposés à lʼécran par une hybridation numérique dʼanimation dessinée et de prises de vues réelles, pour lesquelles les auteurs ont aussi puisé des archives historiques et familiales.

Félicitations donc pour cette coproduction minoritaire réussie! Elle représente un pas de première importance pour lʼensemble du métier et de la branche de chez nous, qui dépendent désespérément de retombées générées par ce genre de coopération afin dʼacquérir les compétences nécessaires pour monter et gérer à son tour des projets issus dʼinitiative propre, et – espérons – instaurer des alliances réciproques (dans lʼoccurrence, une partie de lʼanimation 2D était effectué sous la supervision de Zoltán).

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Coïncidence ou non: Pour bien démarrer le MIFA, Marché international du film dʼanimation, les Media-Desks de Belgique, Allemagne, Danemark, France, Luxembourg et Suisse avaient la bonne idée dʼinviter à un „Business Breakfast” intitulé „Letʼs Animate Business”. Dans le catalogue des participants préinscrits, offert en amont afin de faciliter les rencontres au-delà des frontières entre producteurs dʼanimation et financiers institutionnels ou commerciales, 35 compagnies de production représentés par 46 personnes, 14 représentants de 11 partenaires financiers potentiels, et moi-pomme, seul représentant de médias.

Pas la foule mais pas mal non plus pour une première, et au MIFA où les pros habituellement arrivent avec lʼagenda bombée. Tardifs au début à 9h30 (à lʼaube disaient certains), au fil de la matinée les participants arrivaient quand-même plus nombreux quʼannoncé. Sauf les Suisses, qui habituellement se font rares aux rendez-vous indiqués (voir en bas: Les Appels à projets – chaque année le même refrain).

Évidemment Nadasdy Film était de la partie, avec un premier projet de long-métrage de Zoltán dans le portefeuille („La guerre des fantômes”). Aussi présente, Caroline Velan de Caravel Productions, Lausanne, colportant le projet de long „fantasy” des frères Guillaume („Les fables de lʼHumpur”). Et parmi les premiers arrivés, surprise, une personne-clé du cinéma Suisse: Samir, producteur-réalisateur de prises de vue réelles Zuriquois, accompagné de Anja Kofmel, diplômée en animation à Lucerne en 2008, en quête dʼalliances pour leur projet de long animé, „Chris the Swiss”.

Leur état dʼâme plutôt atténué sʼexpliquait par lʼexpérience décevante de la veille: Invités au pitching décisif de lʼAppel à projets pour longs métrages (cʼest-à-dire parmi les six finalistes sélectionnés de 61 participants – bravo!), un jury dʼapparence désintéressée les avait renvoyé sans poser des questions ni même daigner commenter leur présentation. Toutefois la perplexité rémanente cédait à lʼessor de passion originaire tantôt quʼils se trouvaient embarqués à exposer leur dessein à des esprits plus réceptifs. Et quand leur première excursion à Annecy sʼachevait, fin de lʼaprès-midi après lʼapéro Suisse, cʼétait avec un carnet dʼadresses enrichi de quelques entrées à rappliquer.

Quant au projet, il correspond tout à fait aux courants observés plus haut: une tentative dʼélucider le sort dʼun cousin de la réalisatrice, mort en circonstances obscurs dans une des guerres civiles aux Balkans des années 1990, sous forme de documentaire (auto- )biographique partiellement animé. Le protagoniste était déjà sujet de „Chrigi”, le film de fin dʼétudes dʼAnja Kofmel dont ce long métrage est le premier projet depuis. En tant que lʼanimation est prévue de jouer un rôle majeur cʼest aussi une première pour Samir, le producteur.

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Les Appels à projets, depuis longtemps partie intégrante de mes comptes rendus dʼAnnecy: la compétition pour projets de courts et longs métrages, séries et spéciaux tv et cross-media (projets multi-supports pour le cinéma, l’audiovisuel et le jeu vidéo), intégrée au MIFA dans la section Carrefour de la création et ouvert à tous et sans présélection.

Pourquoi jʼy reviens chaque fois? Parce que cʼest une opportunité sans pareil de soumettre son projet au jugement dʼexperts. Parce que cʼest une possibilité gratuite de sʼexposer et se faire „découvrir” par des partenaires-collaborateurs-etc. potentiels au-delà des jurys. Parce que cʼest une clef dʼaccès au MIFA. Parce que la chance arithmétique dʼy remporter un prix est multiple comparée aux compétitions des films finis, surtout pour les courts et cross-média. Parce que ces dernières années, à lʼencontre des compétitions de films finis, il y avait toujours des Suisses au palmarès (c’est-à-dire sélectionnés en finale ou primés). Parce que cʼest irritant de constater à chaque fois quʼen dépit de tout cela, la participation helvétique reste marginale.

Voilà que cette année, par rapport au passé, ça frôlait presque lʼexcès: Cinq projets! Trois courts, un long, un tv, dont deux (un court et une série) de Marcel Barelli, primé il y a deux ans, et un projet de long dʼune débutante qui du coup se fut sélectionner pour la finale („Chris the Swiss” dʼAnja Kofmel, voir en haut). (En comparaison, Mali: 4, Colombie et Congo: 5 chacun, Méxique: 7.) Parmi les cinq lauréats de courts (de 97 projets inscrits), Mauro Carraro pour son projet de dessin animé „Aube musicale”, une retranscription poétique de ses impressions dʼun spectacle particulier qui anime, depuis une vingtaine dʼannées, les matinées dʼété à Genève: les Aubes musicales des Bains des Pâquis. Les études de style superbes du dossier témoignent du talent, appuyé par une formation solide (design visuel à Milan, master en animation à Turin puis diplôme de réalisateur à Supinfocom Arles) de cet Italien dʼorigine qui sʼest installé à Genève depuis peu dʼannées où il travaille aussi pour Zoltán / Nadasdy Film (dʼoù la classification du projet comme Suisse – merci Mauro!)

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Dʼautres diplômés de Supinfocom (Valenciennes) installés à Genève, découverts au MIFA dans un minuscule stand de coin dʼune austérité quasi calviniste: Le Truc motion design studio, fondé en 2007 par trois Français, anciens camarades de classe. Spécialisés en simulation numérique haut-de-gamme pour lʼhorlogerie (voilà pourquoi Genève), ils espèrent étendre le champs vers des applications davantage travaillant les émotions (SFX pour films de fiction, pub, films dʼentreprise). Nʼy a quʼà voir le show-reel pour sʼassurer quʼils savent de quoi ils parlaient, Fabien Corrente (co-fondateur et gérant de production) et Olivier Orand (directeur commercial) lors de leur première mission au MIFA. Et où en sont les autres entreprises Suisses? (Il était une fois un Groupement qui organisait un stand pour ses membres…)

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Nous voilà au fond de la caisse sans avoir abordé un seul court. Il y avait de belles choses pourtant, du ravissement, de lʼexcitation (des fours aussi rassurez-vous), mais au lieu de mʼy étendre je me limite à recommander quelques films quʼon aura la chance à (re-)voir prochainement à Fantoche. En premier, „Tram” de Michaela Pavlátová, une pièce musicale sur les fantasmes érotiques dʼune conductrice de tram dʼun point de vue féminin – superbe, hilarant, touchant, lauréat mérité du Crystal dʼAnnecy 2012 (Grand-Prix) des courts-métrages; „Una furtiva lagrima”, de Carlo Vogele qui donne la voix de Caruso à un (vrai!) poisson sur son calvaire du marché vers lʼassiette – désopilant; „Oh Willy…” de Emma De Swaef et Marc J. Roels, un film de marionnettes assez particulier pour son protagoniste „nu peluche”; et „Sunny Afternoon” de Thomas Renoldner, du vrai cinéma expérimental à lʼancienne (tous en compétition internationale).

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Pour tous ceux qui nʼétaient pas à Annecy, ou nʼy ont pas trouvé moyen dʼaller les voir, Fantoche est une aubaine aussi parce quʼon y présente tous les longs-métrages cités en haut, à part de „Crulic”. Et aussi à lʼexception du sujet de mon épilogue hélas (je crains quʼil nʼétait même pas soumis à la sélection): un long-métrage qui nous vient dʼun pays lointain et peu connu en matières animation, de lʼUruguay – „Selkirk, el verdadero Robinson Crusoe” („Selkirk, le véritable Robinson Crusoé”), hors compétition à Annecy. Cʼest une épopée de pirates hautement divertissante située au 17e siècle, pour un public de famille, dʼaprès lʼhistoire vraie de lʼÉcossais Alexander Selkirk, qui fut largué sur une île déserte au large du Chili, réussit à survivre, et à son retour en Angleterre inspira l’un des grands récits dʼaventure du monde, „Robinson Crusoé” de Daniel Defoe.

Déjà dans les premiers scènes il est évident que le réalisateur, Walter Tournier, est loin dʼêtre débutant, au contraire: Lʼanimation est superbe, les caractérisations tout autant, les marionnettes (fabrication maison) nʼont rien à envier à Mackinnon & Saunders (fournisseurs de pointe – Tim Burton, „Max & Co”, …). En effet, après maintes années au service dʼautres producteurs, Tournier gère son propre studio à Montevideo depuis près dʼune quinzaine dʼannées, produisant tous genres confondus, de commandes à courts personnels en passant par des séries tv, avec lʼaccent sur lʼanimation de volume.

Néanmoins ce premier long-métrage animé Uruguayen (coproduit avec lʼArgentine et le Chili) représente un effort énorme pour la petite structure – et un défi inattendu en plus, vu que tant pour la technique que pour le sujet il se trouve du coup, caprice de destin, face à face avec Peter „Aardman” Lord et „Les Pirates! Bons à rien, mauvais en tout”… Cependant

la décision de Tournier de sʼengager dans lʼaventure date de 2001, alors que le livre sur lequel „Les Pirates!” est basé nʼétait même pas écrit (2004). La production proprement dite jusquʼau film fini prit 16 mois (Aardman: 18 juste pour le tournage), avec une équipe dʼà peine trois douzaines tout compris, dont dix animateurs (env. 300 / 33) et un budget de $ 3 millions ($ 60 millions). Pourtant, à lʼexception de deux ou trois plans bousillés dʼincrustations de marionnettes dans des décors numériques, „Selkirk” nʼa jamais lʼair dʼavoir manqué de moyens, et du côté charme il lʼemporte de loin.

Peter Lord, qui était à Annecy pour une séance de Making-of de son blockbuster, ne se doutait de rien non plus. Mais les deux producteurs-réalisateurs se sont rencontrés et ont échangé des DVD (cʼest ça, Annecy). Toutefois, Tournier et ses producteurs ont su sʼassurer un contrat de distribution avec Buenavista (de lʼempire Disney) pour lʼAmérique latine. Et à ce quʼon mʼa dit cʼest déjà très bien parti en Argentine, en Uruguay et au Chili.

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Pour finir, quelques liens:

PS : La prochaine édition dʼAnnecy se tiendra une semaine plus tard que dʼhabitude, du 10 au 15 Juin 2013. Comme mentionné dans la citation de Marcel Jean, le Centre Bonlieu, avec le théâtre (Grande Salle) et toute lʼinfrastructure, ne sera pas à disposition à cause de travaux de rénovation. Dʼaprès les informations, le festival sera transféré au multiplex Décavision au Centre Courier. Nomen est omen?

 

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